Les échos de février

Labo sur le théâtre-journal

Printemps 2016, le Code du Travail se fait sévèrement broyé par la loi El Khomri dite « Loi Travail ». T’OP ! a alors monté une courte forme théâtrale à jouer dans la rue à laquelle j’ai activement pris part. Et sans le savoir, nous faisions du théâtre-journal…

A la suite de cette aventure, j'ai eu le plaisir de participer à une initiation au théâtre-journal en décembre dernier avec la compagnie amie Pas à Passo à Amiens. Plaisir de découvrir une branche du Théâtre de l’Opprimé, plaisir de s’essayer à la mise en scène de l’actualité et surtout plaisir de faire de nouvelles rencontres et d’échanger sur cet outil à la disponibilité de chacun.e. En retour de cette expérience, un autre plaisir : celui d’animer le Labo de T’OP de février autour de cette pratique.

Dans une ambiance chaleureuse, nous avons pu aboutir, en fin de séance, à deux scènes autour de la représentation de la lutte des classes et du contraste entre le discours d’un candidat à l’élection présidentielle et la réalité. Et je reste toujours surpris de voir qu’avec peu de temps mais avec de la méthode, nous pouvons aboutir à quelque chose de concret, de visible et nourrissant un espace de débat.

Et c’est justement ce qui me touche dans la pratique du théâtre-journal : nous permettre de mieux comprendre les enjeux d’une actualité parfois trop brûlante pour la prendre à pleine main. Prendre le temps de s’y arrêter, chercher à interpréter les mots de la classe dominante, comparer entre ce qui est écrit et ce que nous vivons réellement, savoir se resituer face à cette actualité en flot continu.

A mon sens, il est important de rompre avec cette « dictature de l’émotion » exploitée par la sphère médiatique pour faire du profit sans réellement servir un débat. Souvenons-nous par exemple des paroles d’un Premier Ministre au lendemain d’un attentat qui nous disait dans les grandes lignes d’être ému, ça oui, mais de ne pas chercher à comprendre…

Face à une certaine forme de paresse de penser et paresse du langage que j’accuse, il me paraît donc nécessaire d’entretenir des espaces de critiques, d’incertitudes voire parfois d’inefficacité pour échapper à toute tentative d’optimisation voire de contrôle de l’espace public. Ce que pourrait proposer la pratique du théâtre-journal d'Augusto Boal...

 

 

Julien